Agendas 2024-2025 : détournement de Zarka et slogan « From the river to the sea »

0.  Pourquoi
les agendas ?

Depuis plus de 20 ans, la CUAE (Conférence Universitaires des Associations d’Etudiant.e.x.s), syndicat étudiant et faîtière universitaire, publie chaque année un agenda-guide lors de la rentrée académique. L’agenda-guide est destiné à tou.x.te.s les étudiant.e.x.s de l’Université de Genève et est entièrement gratuit.

Bien plus qu’un simple agenda, la partie Guide de l’étudiant.e.x contient plus de 100 pages d’informations, d’adresses utiles, de conseils et d’explications (on y retrouve par exemple de l’aide quant aux démarches de permis de séjours et de bourses d’études). La publication de cet agenda-guide est donc avant tout pédagogique.

Chaque année, le comité de la CUAE édite cet agenda en collaboration avec une graphiste genevoise et l’imprime dans la région. Afin d’illustrer les pages de l’année académique, le comité choisit comme sujet une lutte qui a mobilisé le corps étudiant l’année précédente et qui sera représenté dans le flipbook.

De surcroît, chaque année la CUAE inscrit dans l’agenda-guide toutes les dates académiques de l’UNIGE (sessions d’examens, inscriptions, etc.), ainsi qu’une cinquantaine de dates historiques et politiques traitant de divers sujets. La volonté de mentionner des dates méconnues au sein de chaque agenda-guide se perpétue depuis de nombreuses années. Toutes les dates ont un but informatif et instructif. Cependant, toute personne est invitée à faire de plus amples recherches quant au contexte historique et politique de chaque évènement. L’agenda ne se revendique en aucun cas comme un outil exhaustif mais plutôt comme un objet informatif.

À travers le flipbook et de nombreuses dates, l’agenda-guide de l’étudiant.e.x de la CUAE est donc un outil pédagogique utile et nécessaire au corps étudiant, tout comme aux associations de l’UNIGE, qui l’utilisent pour aller vers les étudiant.e.x.s, gagner des nouv.elle.eau.x.s membres et faire signer les plaquettes qui sont à la base de leur subvention. Enfin, l’agenda-guide permet d’aider les étudiant-e-x-s au quotidien dans leur vie universitaire, ainsi que dans leur vie personnelle.

1.  l’occupation

a)   le flipbook

Pour l’agenda-guide 2024-2025, il était évident que l’occupation du hall d’Uni-Mail par la Coordination Étudiante pour la Palestine (CEP) y serait représentée à travers le flipbook. En effet, l’occupation de l’alma mater a marqué le semestre de printemps 2024 au sein de l’UNIGE, et s’inscrit dans un tournant de l’histoire des mobilisations estudiantines en lien avec les luttes sociales, tant à l’UNIGE que dans la communauté universitaire internationale.

Cette occupation dénonçant le génocide en cours revendiquait notamment le boycott académique, une politique proactive d’accueil et de soutien aux étudiant.e.x.s palestinien.ne.x.s., et un respect du droit international. Il est également important de mentionner que les étudiant.e.x.s qui ont occupé le hall d’Uni-Mail ont souligné dès le début qu’iels ne toléraient aucune forme de discrimination et qu’iels luttaient pacifiquement en soutien à l’oppression des palestinien.ne.x.s.

b)   le slogan

Le slogan From the river to the sea est depuis longtemps un élément clivant dans le dialogue autour du Moyen Orient. Cela correspond, d’ailleurs, au fait que son utilisation dans l’espace publique fait l’objet d’un débat constant ; le slogan étant tiraillé entre des lectures nationalistes- tant du côté israélien que du côté palestinien- et des lectures qui l’utilisent comme symbole d’une coexistence pacifique et multiethnique au Moyen Orient. C’est dans ce dernier sens, par exemple, que Tsedek, collectif juif décolonial et antiraciste français, affirme : « Nous nous tenons aux côtés des palestinien.ne.s et des israélien.ne.s qui se battent pour une alternative réellement démocratique, qui accordera les mêmes droits à tous.tes les habitant.e.s de la région, de la Méditerranée au Jourdain »[1], ou que Marad, collectif juif décolonial et antiraciste suisse, soutient également : « Nous affirmons, en tant que personnes juives et comme collectif juif, que défendre les droits fondamentaux du peuple palestinien n’est en rien un acte antisémite, que le slogan From the river to the sea, aujourd’hui et historiquement, revendique un territoire entre le Jourdain et la Méditerranée dans lequel toute personne y vivant puisse jouir de droits égalitaires, indépendamment de sa religion ou de son ethnie »[2]. L’accusation d’antisémitisme mentionnée par Marad était déjà abordée dans la Jersualem Declaration on Antisemitism, signée en 2021 par plus de 200 historien.ne.s de l’Holocauste, qui clarifiait que « it is not antisemitic to support arrangements that accord full equality to all inhabitants « between the river and the sea », whether in two states, a binational state, unitary democratic state, federal state, or in whatever form »[3].

Comme cela a été affirmé à maintes reprises par les membres de la Coordination Étudiante pour la Palestine de l’UNIGE pendant et après l’occupation, c’est précisément dans ce sens qu’iels l’ont toujours utilisé, et, en ce qui nous concerne, c’est dans ce sens qu’il a été affiché dans l’agenda-guide 2024-2025. Le sens de ces mots est un champ de bataille placé au cœur de l’actualité de notre époque, et nous estimons que refuser de les utiliser signifierait les abandonner à des utilisations nationalistes et dangereuses.

2.  le détournement de Zarka

Parmi les dates mentionnées, les étudiant.e.x.s trouveront aussi celle du triple détournement d’avion mené par le Front Populaire de Libération de la Palestine le 6 septembre 1970, connu sous le nom de « Détournement de Zarka ». Le détournement d’avion à Zarka est un évènement historique majeur. Il s’agit d’un fait dramatique, unique fois dans l’histoire où un avion suisse a été détourné. Ce détournement où les personnes juives et non juives ont été séparées, détournement sans victimes et qui pourtant a déclenché une tragédie majeure pour le peuple palestinien, ayant servi de prétexte au roi Hussein de Jordanie pour accomplir le massacre du « Septembre noir », soit environ 10’000 mort.e.x.s palestinien.ne.x.s, essentiellement des civil.e.x.s, obligeant ensuite les organisations politiques palestiniennes à fuir la Jordanie pour se regrouper au Liban. Ainsi, la portée historique du détournement de Zarka et son lien avec la politique suisse implique des éléments différents et contradictoires, qui s’emmêlent- ce qui est le cas, d’ailleurs, pour beaucoup d’évènements qui figurent dans l’agenda. Dans tous les cas, comme déjà mentionné plus en haut, leur citation dans l’agenda constitue une invitation aux étudiant.e.x.s à creuser dans l’histoire, approfondir par elleux mêmes la connaissance des faits.

Ce document vise à recontextualiser le flipbook et les dates historique présents dans l’agenda-guide. La CUAE inscrit toutes ses actions dans un cadre de lutte contre toute forme de racisme et de discriminations.


[1] https://tsedek.fr/

[2] https://maradcollectif.ch/actualites/2024-05-20_marad_occupations.html

[3] https://jerusalemdeclaration.org/

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