Repas à 3 chf

Texte prononcé lors du repas prix libre du 19 octobre 2021

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“Bonjour à touxtes, merci d’être venuexs si nombreuxes et bon appétit!

On est la CUAE et on a organisé cette bouffe pop aujourd’hui pour parler des repas à 3 CHF. Pour les personnes qui n’étaient pas à l’uni l’année passée ou pour celles qui auraient oublié, on va faire un petit rappel de toute la situation par rapport à ces fameux repas à 3 CHF.

L’année passée, un groupe de travail de la CUAE a été formé pour visibiliser la détresse étudiante et y trouver des solutions. Les conditions d’études à l’UNIGE ne sont déjà pas géniales en temps normal, mais avec le COVID c’était l’hécatombe. Isolation sociale, stress accru, problèmes d’argent… beaucoup d’entre nous n’arrivaient pas à s’en sortir.

En réponse à ça, un de nos groupes de travail a fait en sorte que des repas à 3 CHF soient mis en place à partir du 3 mai pour permettre aux étudiant.e.x.s d’accéder à une alimentation saine et bon marché. Cette victoire des repas à 3 CHF a eu des effets spectaculaires. Peut-être que vous vous en souvenez, du jour au lendemain, des files d’attentes immenses se sont formées devant les caf’. On n’aurait pas pu avoir une preuve plus parlante du besoin qu’on a de ces repas à 3 CHF.

Pourtant, vous l’avez remarqué, à cette rentrée, les repas à 3 CHF étaient les grands absents des menus des cafétérias. Que s’est-il donc passé? Est-ce que vous êtes devenuexs milliardaires, vous? Est-ce que la crise du COVID est finie? Est-ce que le rythme académique s’est ralenti? Non, rien n’a changé et les repas à 3 CHF sont toujours aussi

indispensables. L’université et l’Etat ont tout simplement refusé de continuer à les financer.

L’année passée, les repas étaient financés par des fondations privées qui ont refusé de continuer à sortir l’argent. En juin, le parti socialiste, en bon opportuniste, a déposé une motion au Grand Conseil pour prolonger les repas à 3 CHF pour l’année académique 2021- 2022. Cette motion a été acceptée. Le parlement genevois est donc en faveur des repas à 3 CHF à l’université. Sauf que le gouvernement n’est pas obligé de suivre les recommandations de son parlement. Malgré les revendications étudiantes, malgré l’approbation du parlement, malgré les tentatives de négociations du rectorat, le conseil d’état a tout simplement dit “non”. C’est Anne Emery-Torracinta, la conseillère d’état socialiste en charge du DIP qui a refusé d’entrer en matière. On l’avait invitée à manger aujourd’hui et à nous expliquer son refus, mais malheureusement je ne la vois pas, je crois qu’elle n’est pas venue…

De son côté, le rectorat nous a très mollement représenté auprès du conseil d’état et n’a rien obtenu des concessions qu’il avait déjà formulées dans le but d’obtenir la poursuite de ces repas. L’argument que la conseillère d’état socialiste lui a sorti est qu’il ne serait soi-disant pas juste de financer toutes les étudiant.e.x.s car beaucoup n’ont pas besoin de ces repas à 3 CHF. Mais on sait très bien que le jour où les repas à 3 CHF seront revenus et qu’il y aura une énorme file d’attente dans les couloirs de l’uni, les riches étudiant.e.x.s utiliseront leur capital économique pour aller se payer un tacos à 15 balles et économiser du temps. Et c’est tant mieux pour elleux. En réalité, cet argument vise uniquement à nous diviser entre deux catégories : les étudiant.e.x.s légitimes et les étudiant.e.x.s illégitimes, celleux qui ont le droit d’obtenir un repas à 3 CHF et celleux qui ne l’ont pas. Ça permet de ranger beaucoup d’étudiant.e.x.s dans la catégorie “illégitime” et de ne pas sortir les sous-sous pour leur payer ce à quoi iels ont tou.te.x.s droit, une alimentation saine et bon marché.

Imaginez qu’on applique une politique aussi absurde pour chaque service proposé à l’université. Car oui, nous pensons qu’il est temps que la nourriture saine à l’uni devienne un service et pas un bien précieux, difficile à acquérir. Les étudiant.e.x.s doivent-ielles prouver leurs difficultés économiques pour avoir accès à un bâtiment convenablement chauffé ? Les tarifs pour les impressions dans les bâtiments universitaires ne sont-ils pas identiques pour tout.e.x.s ? Les cours culturels ou les cours de sport organisés par l’uni différencient-ils les étudiant.e.x.s sur la base de leurs ressources économiques ? Nous voyons bien que cet argument ne tient pas et qu’il n’est sorti que quand ça les arrange.

Imaginez maintenant qu’on applique une politique aussi absurde : il est insensé que l’on doive justifier l’accès à de la bouffe pas chère à chaque passage à la caisse. En plus de ça, on exclurait beaucoup d’étudiant.e.x.s des repas à 3 CHF, celleux qui ne sont juste pas assez pauvres selon les conditions de l’uni et juste pas assez riches pour aller claquer 15 balles chaque midi. Une alimentation saine est un droit qui s’applique à tout le monde, sans besoin de justification !

Le rectorat peut se rassurer, même avec des repas à 3 CHF dans les cafétérias universitaires, l’université sera toujours le lieu où les classes friquées se rencontrent et se reproduisent. Ces repas à 3 CHF ne sont qu’un tout petit pas en direction de l’égalité des chances tant prônée par notre rectorat chéri. Là où les parents pleins de thune subventionnent les taxes universitaires, l’appartement et les repas de leurs progénitures , les autres devront souvent conjuguer études, job précaire et parfois vie de famille pour avoir suffisamment de sous pour survivre. Pour cette rentrée, 1’200 étudiant.e.x.s se sont inscrit.e.x.s à la Farce, cette association d’étudiant.e.x.s bénévoles qui distribue gratuitement de la nourriture. Le hic, dont personne dans les bureaux de l’uni ne veut tirer la conséquence, c’est que l’association n’a une capacité que de 330 places et que 3 personnes sur 4 se retrouve à devoir attendre la semaine d’après.

Une alimentation saine et bon marché est un droit qui doit aussi s’appliquer en dehors de l’université, indifféremment du statut d’étudiant.e.x. C’est la raison pour laquelle on revendique des repas à 3 CHF pour tout monde. C’est là que l’uni doit prouver qu’elle est vraiment ouverte sur la cité, comme elle aime se prétendre l’être. Avec une telle mesure, on pourrait enfin inviter nos potexs qui ne sont pas à l’uni à venir manger avec nous dans les caf, on aurait un mélange des population extraordinaire et l’uni n’en ressortirait que plus riche. Elle deviendrait un lieu de rencontre incontournable pour manger à midi, ce qu’elle peine à devenir de manière générale.

On ne vous apprendra rien, les repas à 3 CHF ont toutes les raison du monde d’être reconduits cette année, et même au-delà. Mais les technocrates qui sont payés 15’000 balles par mois pour bosser dans leurs bureaux n’ont vraisemblablement pas compris les cris d’alarme qu’on lance depuis le début de la crise du covid. Faisons donc un petit rappel. Tout d’abord la crise n’est pas finie et risque de durer encore des années ; beaucoup d’étudiant.e.x.s n’ont pas retrouvé leur job d’avant pandémie et beaucoup risquent de galérer à en trouver ces prochaines années. Economiser plusieurs francs par jour pour manger fait une différence énorme pour beaucoup d’entre nous. Des repas bons et accessibles à l’uni nous permettent aussi d’économiser de la charge mentale et du temps, que l’on peut consacrer à nos études. Préparer chaque matin son tupperware est une charge qui a des conséquences inconnues pour les hauts fonctionnaires de l’uni ou de l’état qui jugent ça anodin. Et la détresse psychologique pendant cette crise de toute la population, et des étudiant.e.x.s en particulier, a laissé des plaies béantes que l’on peut panser en recréant des espaces collectifs, accessibles à tou.te.x.s sans discrimination, où l’on peut manger, discuter, rigoler, bref retrouver la joie de vivre.

Mais tous ces avantages des repas à 3 CHF, bien qu’ils aient été soulignés par la crise du covid, ne sont pas propres à la période que nous vivons. Ils sont valables en tout temps. Et c’est pourquoi les repas à 3 CHF doivent se poursuivre même après la crise.

Mais le refus catégorique auquel on fait face actuellement révèle un autre problème, bien plus profond : celui du modèle économique de nos cafétérias. Si aujourd’hui on refuse de rendre la bouffe des caf accessible à tout le monde, c’est parce que les cafs n’ont jamais été pensées pour nous mais pour les entreprises privées qui y font de très bonnes affaires avec l’argent qui sort de nos poches. Si on veut voir perdurer des repas à 3 CHF et imaginer des cafs réellement inclusives, faites pour nous tou.te.x.s, étudiant.e.x ou pas, il va falloir dégager ce modèle capitaliste et mettre en place quelque chose de radicalement différent. On propose donc de virer ces profiteurs et de nous laisser auto-gérer nos cafs, afin d’y créer des jobs étudiants et que les politiques alimentaires qui s’y appliquent soient entre nos mains. Un tel modèle devrait être financé de manière pérenne par l’uni et suffisamment pour qu’on puisse y appliquer des prix libres, conditions d’une sortie partielle des logiques capitalistes qui excluent aujourd’hui beaucoup trop de personnes de nos cafs.

Mais on parle de quoi depuis le début ? On parle de nos conditions d’études qui sont chaque année méprisées, attaquées et affaiblies. En témoigne la volonté du rectorat, au semestre passé, de maintenir la surveillance numérique des examens en ligne, jusqu’à cautionner l’utilisation de TestWe par GSEM, un logiciel de reconnaissance faciale. La cercle vicieux dans lequel sont entrainées nos conditions d’études doit être inversé. Et les repas à 3 CHF sont une première brèche pour avoir une école qui nous ressemble, qui est à nous. C’est aussi la raison pour laquelle on revendique une semaine de révision pour toutes les facultés au semestre de printemps. C’est une mesure complémentaire aux repas à 3 CHF qui, comme eux, nous permet de réviser plus longtemps et réduit beaucoup notre stress pendant la période d’examens.

Et c’est à nous de revendiquer ces repas à 3 CHF. On a vu ce que ça donnait quand c’est le rectorat qui va parler en notre nom au conseil d’état. Il est bien gentil quand il nous fait comprendre qu’il faut attendre, comme si on était pas pressé.e.x.s ! Nous, c’est maintenant qu’on en a besoin ; un estomac ça n’attend pas ! C’est donc à nous de les reprendre, et de prendre les cafs au passage. Non seulement on en a besoin, mais on en est capable.x.s. Et ça, on va continuer à le leur montrer.

On ne veut pas d’austérité dans nos formations et on veut du fric pour la fonction publique et notre bien-être !

Rdv donc mardi prochain pour une autre bouffe pop’ devant uni-mail, et si le dialogue n’est pas réengagé d’ici là, on durcira le ton.
D’ici là, on va s’organiser pour la suite ce jeudi à 16h30 et si vous êtes motivé.e.x.s et que vous voulez plus d’infos, on vous invite à nous laisser votre num et rejoindre le groupe Telegram qui coordonne nos actions.

La précarité alimentaire c’est aussi une affaire universitaire ! Merci de votre attention ! “