Partout en Europe, les rectorats des universités publiques sont passés maîtres dans l’art d’épuiser les étudiant.e.x.s. Les motifs de colère sont multiples : domination patriarcale, précarisation financière, autoritarisme, privatisation et marchandisation des études, etc. La crise du Covid-19 a cristallisé ces frustrations sociales qui sont devenues encore plus pesantes. En Catalogne, le mercredi 20 avril 2021, les étudiant.e.x.s ont décidé de ne plus encaisser les coups.
Différents mouvements étudiants se sont alliés pour occuper plusieurs universités des grandes villes de Catalogne afin de combattre la crise éducative qui touche spécifiquement la région, mais qui est symptomatique de ce qui se passe ailleurs en Europe. Cela fait des années que les directions universitaires, de mèche avec les gouvernements, marchandisent les études au pas de course et refusent de prendre en considération les revendications des mouvements sociaux. Face à cette fronde néo-libérale, les étudiant.e.x.s catalan.ne.x.s ont sorti les cagoules, les fumigènes et les banderoles, et ont bloqué les portes des universités.
La première revendication formulée lors des mobilisations est l’égalisation des prix entre tous les masters et les bachelors. Actuellement, un système très individualisé de prix par crédit pousse certain.e.x.s étudiant.e.x.s à débourser plusieurs milliers d’euros pour boucler leur année, en payant à double les crédits à rattraper. Les étudiant.e.x.s exigent que les universités tendent dès à présent vers la gratuité, condition essentielle d’un service public de qualité et accessible à tou.te.x.s. Deuxièmement, iels demandent que les stages effectués dans le cadre des études soient rémunérés puisqu’il s’agit de travail productif dont les entreprises tirent profit alors qu’une grande partie des étudiant.e.x.s sont précarisé.e.x.s. Ce mépris démontre une fois de plus la volonté du capitalisme de trouver sans cesse et partout des moyens de se nourrir de travail gratuit. Troisièmement, iels exigent la fin des peines juridiques prononcées à l’encontre des militant.e.x.s des mouvements estudiantins. Quatrièmement, les étudiant.e.x.s défendent l’importance du catalan dans l’enseignement supérieur et souhaitent que ce dernier soit donné entièrement en catalan. La situation de diglossie que connaît la région fera petit à petit disparaître la langue si rien n’est fait, au profit de l’Etat fasciste espagnol et de ses volontés centralisatrices. Et finalement, iels se battent pour une éducation féministe qui lutterait enfin contre le patriarcat non seulement dans les plans d’études et la formation des enseignant.e.x.s, mais aussi dans le fonctionnement des institutions universitaires.
Le mouvement de révolte a dû abandonner les occupations après avoir tenu plus d’une journée, mais il n’a pas baissé les bras et a appelé à la grève pour le 13 mai. Les tables ont donc été retournées devant les entrées des universités, des poubelles et des chaises entassées. Des manifestations ont eu lieu à Barcelone et à Gérone pour faire résonner dans les rues des revendications qui restent inchangées. Rectors, és el vostre torn, recteur.ice.x.s, à votre tour ! est le message lancé à nos autocrates institutionnels. Car dorénavant, c’est à elleux que l’on va demander de s’adapter à nos exigences. De la Catalogne à Genève, on n’en veut plus de votre université bourgeoise, patriarcale et nationaliste.
Rappelez-vous qu’il ne s’agit que d’un rapport de force temporaire
Chers rectorats, vous pouvez continuer à vendre vos universités au secteur privé, à citer toujours les mêmes mecs cis blanc et bourgeois dans la plupart de vos cours et à faire vendre des repas à prix de luxe dans vos cafétérias. Vous le pouvez car vous en avez le pouvoir, mais rappelez-vous qu’il ne s’agit que d’un rapport de force temporaire. Et si vous voulez savoir où mènent vos politiques, tournez-vous vers la Catalogne. Vous y verrez alors un miroir de ce que vos décisions nous inspirent, quand on est gentil.le.x.s. Et si vous voulez savoir ce qu’on fait quand on est méchant.e.x.s, regardez encore la Catalogne, mais celle de 1936.