Ces gens-là – Brel [Regard Critique n°38]

Le recteur de l’université de Genève n’aime pas l’anonymat. Il l’a fait savoir lorsqu’on lui demanda de se positionner par rapport aux revendications d’Education Is Not For Sale. C’est un des nombreux points communs qu’il a avec la police. Nous, on n’aime pas la police et on n’aime pas le recteur. Mais on aime l’anonymat quand il s’agit d’une condition nécessaire à l’expression d’une opinion.

Celles qui condamnent l’anonymat par principe sont des flics ou leurs idiots utiles. Ce faisant, elles considèrent que l’anonymat n’est jamais une solution et que dans toutes les situations, les personnes qui ont «le courage de leur opinion» assument ce qu’elles disent, signent leurs productions et«ne se cachent pas derrière des pseudonymes.»

Bien sûr, le fait que les productions anonymes soient dans leur écrasante majorité des productions subversives ou allant à l’encontre du pouvoir et de la pensée hégémonique n’est qu’un hasard. Les Belin (président de l’assemblée de l’université) et Vassalli (recteur de notre université) et consorts n’ont évidemment pas encore l’intention – et surtout pas encore la possibilité – de condamner toutes formes d’oppositions sur papier recyclé. Ça viendra plus tard.

Parce que ces gens-là, ils aiment quand tout est à sa place. Ils ne contestent pas le cours de choses, «le sens de l’histoire», ils ne nagent pas à contre-courant mais se laissent porter par les courants dominants. S’il fallait les comparer à des poissons, ils ne seraient pas les saumons qui remontent la rivière pour pondre des oeufs à l’endroit le plus propice, mais des carpes qui apprécient le confort des eaux stagnantes et savent rester muettes.

Ces gens-là ne contestent pas le pouvoir en place ou l’ordre des choses, ils sont devenus le pouvoir en place. Et l’ordre des choses c’est le leur. Dans cette mécanique parfaitement huilée qui les a vu gravir les échelons à coups de langue jusqu’à arriver où ils sont aujourd’hui, il n’y pas de place pour des grains de sables.

Et le grains de sable, ce sont EINFS, unige-info.ch et toutes les actions entreprises pour que les murs qui ont des oreilles pour écouter aient également des langues qui se délient pour raconter. L’anonymat est ici l’arme de celle qui se protège de la répression qui s’abattra si elle l’ouvre trop. Nombre d’informations parues dans unige-info.ch nécessitaient l’anonymat afin de préserver la sécurité de l’emploi des auteures.

En insultant les personnes et groupes qui recourent à l’anonymat ces gens-là espèrent dénigrer les propos tenues par des anonymes plutôt que d’y répondre. Ça ne marchera pas ! On n’oublie pas que les travailleuses de l’université n’ont pas le droit de prendre la parole publiquement pour « dire du mal » de l’université. Et aujourd’hui exprimer un avis différent de l’avis officiel revient à dire du mal de l’université.