La CUAE et la politique nationale [Regard Critique n°37]

Pendant de longues années, la politique extra-genevoise de la CUAE s’est confondue avec celle de l’Union des étudiant-e-s suisses (UNES), dont elle était membre depuis sa création en 1973. En 2002, la CUAE a démissionné de l’UNES suite à l’absence de débat dans l’association. En particulier, une majorité des sections membres refusaient systématiquement l’entrée en matière sur les propositions présentées par la CUAE lors des assemblées des délégué-e-s. Plutôt que de continuer à cautionner cette absence de vision et de continuité politique, la CUAE a alors choisi d’assumer elle-même son activité aux niveaux national ou international, en œuvrant à la création d’un réseau alternatif aux organisations existantes. Depuis, la situation au niveau national a également évolué, et nous nous proposons de faire ici un premier bilan du mouvement étudiant au niveau national, en étudiant les structures et les activités respectives de l’UNES et de la CUAE.

Actuellement, l’UNES travaille en collaboration totale avec les organes concernés par la politique de l’éducation, ce qui rend impossible toute réflexion indépendante sur le système. Ainsi, elle participe activement à la procédure d’évaluation des hautes écoles suisses, en collaboration avec l’Organe d’accréditation et d’assurance qualité (OAQ), fournissant et formatant les étudiantes-expertes dont il a besoin [1]. Il va de soit que toute critique sur le principe même de l’assurance qualité et autres artifices de la nouvelle gestion publique n’est naturellement pas la bienvenue… Visiblement, le flicage des étudiantes par les étudiantes reste la forme de contrôle la plus efficace et la plus économique. Proposer des postes « d’expertes » aux représentantes du mouvement étudiant permet curieusement d’empêcher toute contestation. L’UNES est même allée plus loin dans la voie de son intégration aux structures dominantes en demandant de devenir un organe de la politique suisse des hautes écoles [2]. La CUAE refuse de cautionner ce virage dirigiste et corporatiste, et entend conserver pour toutes les étudiantes la liberté de faire partie ou non d’une ou plusieurs associations, sans obligation d’être représentées par quiconque [3].

Depuis 2003, la CUAE n’est toutefois pas restée inactive. En Suisse, elle a été à l’origine de la création du comité unitaire contre les réformes constitutionnelles dans le domaine de l’éducation « Non le 21 mai ! », où d’intéressants liens ont pu être créés, notamment avec le SISA (syndicat indépendant des apprenties et étudiantes tessinoises) et avec la FAE [4] (notre homologue à l’université de Lausanne). La CUAE a également rédigé une prise de position concernant la loi sur les hautes écoles. Elle suit également de près les développements actuels sur les bourses d’études, ainsi que les conséquences de la nouvelle loi sur le chômage pour les étudiantes. En 2007, une rencontre informelle a également eu lieu à Zurich, avec la participation de toutes les associations d’étudiantes des universités suisses et des EPF (y compris la CUAE) en dehors des structures nationales existantes. Au niveau international, nous avons participé à une rencontre à Dijon rassemblant des étudiantes venant de Belgique, du Bénin, de France, de Grande-Bretagne, d’Italie, du Québec et de Suisse. Des contacts ont également été établis avec une association d’étudiantes québécoise, l’ASSÉ [5].

Le bilan de la représentation autonome des intérêts des étudiantes genevoises au niveau national est donc globalement bon. Malheureusement, le projet de constituer un réseau national et international alternatif a dû être mis en veilleuse, principalement en raison de la charge de travail impliquée par la mise en place de la nouvelle loi sur l’université. Ces difficultés n’ont toutefois pas empêché la CUAE d’être présente sur les principaux dossiers nationaux depuis qu’elle a quitté l’UNES, et d’y apporter un éclairage original et proche des préoccupation des étudiantes plutôt que des tactiques politiciennes. L’approche actuelle, basée sur la création de coordinations ponctuelles sur un sujet précis, est donc la meilleure manière de défendre les intérêts des étudiantes genevoises sur les projets d’importance nationale ou internationale.

[1] On lira à ce sujet l’affligeante brochure La participation des étudiant-e-s, UNES. http://www.vss-unes.ch/typo3/index.php?id=19&L=1.

[2] Prise de position de l’UNES dans le cadre de la procédure de consultation concernant le projet de Loi fédérale sur l’aide aux hautes écoles, 2008. http://www.vss-unes.ch/typo3/index.php?id=23&L=1.

[3] Ainsi, la CUAE n’a pas donné suite aux propositions émanant de l’UNES de devenir une corporation de droit public dans le cadre de la nouvelle loi sur l’université de Genève. Voir à ce sujet la réponse à la consultation de l’UNES.

[4] La FAE s’opposait par ailleurs sur cet enjeu d’importance nationale à l’UNES dont elle est et reste membre. Rien n’est simple…

[5] Association pour une solidarité syndicale étudiante (Québec). http://www.asse-solidarite.qc.ca.